Fini l'Amérique, place au Pacifique. Première étape de notre tournée, la mystérieuse et mythique île de Pâques (Rapa Nui en VO). L'île de Pâques, c'est un caillou de 50 km de circonférence entouré par l'océan, aucune âme qui vive à plus de 2000 km à la ronde !
Après une sieste inaugurale pour nous remettre de l'agitation de Santiago, nous nous demandons comment nous allons nous débrouiller pour profiter de l'île, sans mettre notre budget en péril. Les 7000 habitants vivent quasiment tous du tourisme, le camping sauvage est interdit, et nous n'avons pas de bouteille de gaz. Nico, passé quelques mois avant nous, a bien un vague contact, mais cela semble mince. En déambulant, nous tombons sur Tiare, à qui nous exposons la situation, et qui nous invite à boire le café. Nous pensons que nous allons y discuter d'un arrangement. En fait, pour elle, l'arrangement est tout trouvé, nous pouvons planter notre tente (puis bénéficier d'un lit pour le reste de la semaine dès le lendemain après une grosse averse) et partager le repas familial. En échange, nous nous efforcerons de lui venir en aide dès que possible, notamment à la confection de collier en coquillages, mais rien en comparaison de l'hospitalité qui nous est offerte !
Enfilage de perle en bonne et due forme
C'est donc parti pour une semaine au cœur d'une famille Rapa Nui ! Le premier soir nous met cependant mal à l'aise. Personne ne parle, nous nous demandons si c'est notre présence qui irrite. Une des filles de Tiare nous explique le lendemain que c'est ainsi, le Rapa Nui est taiseux, s'il mange avec vous, c'est que vous faîtes partie de la famille. Ce trait culturel rendra néanmoins les échanges difficiles.
Au-delà de ses habitants et de sa culture, l'île de Pâques est un mythe, celui de ses statues géantes : les moai. Et nous nous passionnons littéralement pour leur histoire, écumant les bibliothèques pour trouver les réponses aux nombreux mystères : que représentent ces statues ? Pourquoi ont-elles toutes été renversées, alors que certaines étaient encore debout lors du premier contact avec les européens ? Pourquoi y a-t-il autant de statues encore dans la carrière, certaines complètement terminées ? Pourquoi la population a-t-elle changé de culte, abandonnant les moai au profit de l'homme-oiseau ? Beaucoup d'hypothèses, peu de certitudes. Mais une ambiance indescriptible dans un cadre magnifique de falaises et de volcans.
Nous n'avons pas trouvé la réponse aux énigmes de Rapa Nui, mais quittons l'île sans regrets, car à Tahiti, Caro attend son homme, tandis qu'Alexandre retrouve sa sœur et sa maman !
En passant d'une Amérique centrale coincée entre deux océans à une Amérique du Sud où les grands espaces n'en finissent plus, nous nous attendions à du changement. Du changement de paysages, de cultures, d'activités, de méteo,... Un changement qui survint et auquel nous ne nous attendions pas fut notre contact avec les gens.
En Amérique centrale, on ne compte plus les gens qui nous ont aidés et identifions facilement ceux qui se sont démarqués (cf article "Les gens"). En Amérique du Sud, beaucoup de gens nous ont aidé ne serait-ce qu'à travers le stop mais peu de locaux se sont illustrés à la hauteur d'une Nella (Costa Rica) et nous avons eu beaucoup moins de contacts privilégiés. Peut être sommes nous devenus plus exigeants en nous habituant à l'hospitalité ? C'est plus que possible.
En fait ce changement s'est surtout traduit par le profil de ceux qui nous ont marqués. Ce ne sont pas des Péruviens ni des boliviens ou gauchos patagoniens. Ils font moins 'locaux'. Ils sont occidentaux, chiliens ou argentins dont la culture est beaucoup plus proche de la notre et donc moins dépaysante qu'au Guatemala ou au Nicaragua. À quelques exceptions près, notables, évidemment.
Sonia et Marcello nous ont tirés d'une affaire bien mal engagée
Nelson, chasseur de pumas
Ne nous attardons pas trop sur une pseudo analyse car au final l'hospitalité reste de l'hospitalité et bénéficier de cette aide, de cette générosité, de ces services désintéressés, par pure bonté est ce qui fait la richesse de ce voyage. Exotiques ou familiers, ces rencontres nous auront marqués.
Que ce soit les Gardon à La Paz, les Teran Tucuman ou Sonia et Marcello à Rio Grande, ces gens nous ont mis à l'aise et ont partagé leur vie, leur famille, leur repas. Jacques Gardon que François connaissait seulement par échange de mails s'est transformé en bien plus qu'un pied à terre. Il nous fera découvrir l'univers de sa famille et la vision de la Bolivie qu'ils ont développée à travers 2 longs séjours. Ils nous feront apprécier La Paz et ses alentours et nous descendrons nombre de bouteilles de vins avec eux.
Olivia, amie d'amie de Buenos qui nous prêtera son superbe appart
Delita et Rodrigo de Tucumán nous initierons aux empanadas argentines et se démènerons pour recharger nos batteries et nous aider à poursuivre notre route. À Rio Grande, Sonia nous prend en stop sur 15km jusqu'à son entreprise au milieu de nulle part. 9h plus tard, il est minuit, il fait -10°C depuis longtemps et l'imbécile de gardien ne s'est décidé à nous laisser à entrer à l'intérieur que très tard. Heureusement Sonia termine son shift et nous ramène à Rio grande dormir chez elle. Le lendemain Marcello commence sa journée par un détour de 3h pour nous faire dépasser le pire endroit où nous ayons eu à faire du stop.
Plus furtivement mais plus folklorique, nous n'oublierons pas Christian et Sergio, camionneurs de la pampa argentine, gauchos modernes avec qui nous parcourons plus de 1000km chacun et dormirons dans leur camion. Juan, travailleur de la DDE dont le frère cuisine pour le camp, nous emmènera sur des centaines de kilomètres s'assurant qu'on ait de quoi s'empiffrer en arrivant ! Enfin Nelson, ranger du parc de Torres del Paine nous permettra de passer la tempête de neige au chaud et au sec.
Pour finir cette épopée américaine, nous voilà pour une semaine dans une véritable famille Rapa Nui sur l'île de Pâques. Première personne rencontrée sur l'île, Tiare nous a adoptés sans prévenir et nous passons nos journées à aider la famille, à nous remplir la panse et à visiter l'île. On se plaint pas !
La fin de notre épopée américaine sonne le glas du mode de transport choisi jusqu'à présent : le stop.
Vous vous souvenez ?
Il n'y a pourtant pas grand chose à lui reprocher. Dans tous les pays, des gens se sont arrêtés, ouvrant les portes de leurs voitures et de leurs coeurs (tu la sens l'émotion poétique là ?). Hormis au nord de l'argentine, proche de la frontière bolivienne, touché par le narcotrafic, le stop a toujours marché ! Un maximum de 15h d'attente, un minimum de "à peine le temps de lever le pouce" pour une moyenne de 45 minutes environ, le stop est efficace. Grâce à lui nous avons économisé environ 1000 euros en 4 mois et n'avons jamais dû renoncer à une étape ou un point de vue.
D'un point de vue moins logistique, le stop fut aussi une incroyable occasion de pratiquer notre espagnol bégayant et de discuter avec une multitude de personnes diverses. Rien de tel pour savoir ce qui se passe dans le coin, vivre une expérience culturelle et s'enrichir humainement. Quand le contact passe bien et que les circonstances le permettent faire du dedo nous permet même de dormir chez l'habitant avec son lot de confort (douche!!!) et d'expériences de vie.
Jusque là tout va bien
Avec le maté qui va bien
Ceci dit, faire du stop exige de la patience et des qualités sociales exigeantes et fatigantes à la longue. Bien des conversations se ressemblent, bien des fois nous en avons marre de discuter et "rencontrer" encore une nouvelle personne nous fatigue...
Le plus dur selon nous c'est l'ascenseur émotionnel. Tu places espoir en chaque voiture qui s'approche. Tu adules ceux qui s'arrêtent.
Tu souris à ceux qui ne s'arrêtent pas. Mais tu finis par détester, mépriser et injurier ceux qui passent à toutes balles devant toi alors que tu attends depuis 2h sur cette f***ing route. A cause/grâce à cet ascenseur, les premiers mois se sont accompagnés d'un sentiment de reconnaissance et gratitude envers l'humanité qui s'est teinté sur la fin d'amertume et de déception.
Il nous faut reconnaitre cependant que le négatif vient en grande partie de notre rythme soutenu, des distances ambitieuses parcourues et de la fatigue accumulée sur 4 mois. Rajoutez à cela le -5°C de la Patagonie et vous comprendrez pourquoi nous craquons la dernière semaine et rejoignons Santiago de Chile en bus.
Nous saurons garder tout le positif de ces mois de stop à travers l'Amérique centrale et du sud mais sommes content de faire une pause dans les îles du Pacifique sans plus arpenter les routes.
Le stop c'est comme ça !
Prenez les autostoppeurs. From paradise with love,
De la frontière chilienne, il nous reste encore une bonne trotte jusqu'à Santiago. Un bateau doit nous permettre d'en effectuer une bonne partie, nous laissant deux jours pour flâner un peu sur la Carretera Austral, la route parcourant la Patagonie chilienne du nord au sud. Nous vivons là nos derniers moments de stop entre lacs, montagnes et forêts, malgré une couverture nuageuse quasi permanente qui ne nous permet pas toujours d'apprécier les paysages à leur juste valeur.
Nous arrivons avec deux heures d'avance sur l'horaire de départ du bateau, le port est désespérément vide, c'est louche. Les horaires du bateau sont en fait purement indicatifs, celui ci ne partira que le lendemain à 10h. Nous attendons. S'ensuivent 34 heures de navigation. Le plafond de nuage est constant, les jeux de cartes et les films de la chaîne de télé TNT se répètent, nous ne sommes pas mécontents d'arriver à Quellon.
Eglise de Castro
Puerto Chacabuco par beau temps
Nous voici donc sur l'île de Chiloé, avec deux jours devant nous pour l'explorer avant un long bus directement pour Santiago. Encore de la pluie, mais une terre pleine de charme et au patrimoine très riche. Nous visitons une des églises en bois peint classées au patrimoine mondial, passons le long des palafitos, des maisons sur pilotis colorées et dégustons le saumon local au marché aux poissons. Cette escale terroir achevée, nous reprenons notre rythme de transport, de nouvelles peliculas (films assez mauvais en version espagnole) à la clé.
Une arrivée à Santiago bien arrosée
A Santiago, nous abandonnons nos habits d'homme des cavernes patagonien pour enfiler celui du citadin cultivé et fêtard. Cultivé d'abord, avec la visite du musée des Droits de l'homme, qui retrace la période de la dictature chilienne, de 1973 à 1990. Fêtard ensuite, car après ce mois de solitude dans les grands espaces, nous avons soif... de nouvelles rencontres. Jean paie sa tournée pour son dernier soir, quartier Bellavista, cœur de la vie nocturne de Santiago. Nous reviendrons sur les lieux dès le lendemain pour la bière d'après match, un basket avec l'équipe d'une boîte de conseil. Cette soirée se poursuit chez des amis de Louis-Antoine, un cousin de François retrouvé à l'aéroport, producteur de vin, qui nous fera bien sûr goûter le fruit de son travail. Jamais deux sans trois, retour à Bellavista le troisième soir pour une soirée clubbing, avec l'équipe de consultant en basket rencontrée la veille. Enfin, alors que les corps sont épuisés et imbibés, soirée de départ du capitaine de l'équipe de rugby de François à l'X, qui rentre en France après un an et demi à l'Université de Santiago. Autour d'une spécialité chilote, le curanto, c'est un vrai plaisir de le retrouver, ainsi qu'Ignacio, un polytechnicien chilien installé dans une cabane du sud pour sa thèse.
Bouffe Chilote a Santiago en bonne compagnie
Comme vous pouvez le voir, la sécheresse qui touchait Santiago ne nous a pas atteints, et l'animal social qui sommeillait en nous n'est pas mort !
Ola bébé, Après être arrivés au bout du monde, nous n'avons d'autre choix que de faire demi-tour. En remontant vers Santiago, nous espérons trouver ce pourquoi nous sommes descendus aussi au sud : des fjords, des glaciers, des pics enneigés, bref des paysages à couper le souffle.
Chapitre 1, Torres del Paine, Chili
Premier hébergement payant de Patagonie, nous logeons chez une famille à Puerto Natales. Ils sont timbrés (surtout le père et la fille) et la mère Gloria nous fait penser à son homonyme hippopotame du dessin animé Madagascar. Nous rechargeons bien les batteries avant d'attaquer les 4 jours de marche prévus. Ayant décidé de se passer des services de transport, l'accès au site est difficile, François et Jean expérimentant une nouvelle variante du W, le parcours de randonnée classique, avec 20km de marche avant même l'entrée du parc national.
National Geographic, crédit photo : J. R.
Il est tard, nous avons la chance de rencontrer Nelson, gardien d'un hôtel en réfection qui nous offrira l'hospitalité. La météo du deuxième jour est catastrophique, les prévisions sont mauvaises pour les jours suivants, et la tentation de rentrer au bercail est forte. Nous décidons de patienter jusqu'au lendemain, nous occupant à pister le puma, les traces fraîches dans la neige ne menant malheureusement (?) nulle part. Et le lendemain matin, nous ne regrettons pas notre choix : des tours effilées donnant son nom au parc au glacier Grey, en passant par les Cuernos et les lacs turquoises, c'est un véritable feu d'artifices de beautés naturelles qui nous accompagne pour les trois jours de marche.
Chapitre 2, Glacier Perito Moreno, El Calafate, Argentine
Pas rassasiés pour autant, nous repassons la frontière et atteignons quelques jours plus tard le glacier Perito Moreno. Ce géant blanc aux reflets bleutés mesure jusqu'à 60 mètres de haut pour 5km de large. Nous admirons la bête, prenons les photos qui vont bien, et nous en retournons comme nous sommes venus, avec notre charmante famille portena.
Auras divines
Chapitre 3, Mont Fitzroy, El Chalten, Argentine
Toujours plus au nord, le petit village d'El Chalten est la Mecque des grimpeurs. Nous nous contenterons d'admirer les belles parois verticales du Mont Fitzroy de loin et de rester sur le plancher des vaches. Le séjour vire par ailleurs en halte gastronomique : nous nous gavons de pâtisserie et mettons au point une petite fondue patagonienne qui n'a rien à envier à sa lointaine cousine savoyarde !
La route initialement prévue pour continuer la remontée n'étant pas empruntée en hiver, nous sommes contraints à un léger détour de 1000km et rallions la frontière chilienne en bus ; c'est la fin de notre aventure argentine !
Oui on est d'accord avec vous pour dire qu'on vit des moments dingues et qu'on découvre des paysages magnifiques, bref que c'est un voyage de ouf !
Ceci dit sachez que cela a un prix. Hors de question de payer quoique ce soit, cela va de soi, par philosophie et manque de fonds tout simplement. Du coup on le paye de notre courage, de notre bravoure, de notre force naturelle et profonde, hmmm, bref il arrive qu'on le subisse. C'est justement la que ça devient intéressant et qu'on kiffffffffeeeeeee sa race !!!
L'arrivée de Jean, comme une initiation à notre vie de baroudeur, s'ensuit de 6 jours où s'alternent station d'essence, 1000km de camion, station d'essence, 1000km de camion et station d'essence. On prend le rythme du camionneur et ne nous couchons pas avant 6h du matin, à l'arrache. Le reste du temps, on somnole.
Après avoir traversé le détroit de Magellan et rejoint la Terre de Feu, nous ne prendrons pas vraiment le temps de nous reposer en squattant successivement l'Office de tourisme d'Ushuaia, le ponton de la poste de Lapataia, la boulangerie de Tolhuin, la chambre d'ami de la stopeuse-d'auto de Rio Grande et finalement le Hogar de Christo de Punta Arenas. Là on s'est dit qu'on déconnait un peu voir abusait carrément...
Le Hogar de Christo, littéralement 'foyer du christ' c'est un foyer pour les plus démunis vers quoi nous avons été redirigés à force de demander l'hospitalité aux habitants de la ville. Content de trouver un toit par cette nuit a -10°C ce n'est que sur place que nous nous rendons compte que là nous ne sommes plus à notre place. Non pas que ça nous dérange de découvrir le quotidien de ces sans-abris, sans-société, sans-rien mais profiter de leur dortoir et de leur repas ressemble trop à de l'usurpation. Nous profitons d'une charité et non plus d'une générosité qui ne nous n'est pas destinée. Nous déambulons dans leur locaux avec nos vestes North Face fluos qui puent le fric au milieu d'une vraie misère. Pour la première fois nous sommes mal à l'aise et même honteux que notre 'trip' nous ait amenés à une telle bassesse. Nous n'oublierons pas cette expérience ni ne la ré-éditerons.
Malgré tout, c'est ce genre de remise en question, de réflexions qui motivent notre voyage. Nous évoluons chaque jour et le recherchons. Comme vous le voyez nous ne sommes pas déçus !
C'est bien beau d'arriver au bout du monde, mais encore faut-il en profiter. Pour ce faire, nous décidons d'aller au bout du bout du monde, c'est-à-dire le parc national Tierra del Fuego, 20km après Ushuaia. La région est franchement enneigée, nous louons donc l'instrument ultime de l'explorateur polaire, des raquettes ! Et c'est parti pour l'expédition du bout du bout du monde. Première étape : trouver un endroit pour dormir. Nous jetons notre dévolu sur un ponton (plutôt sous un ponton) dans une baie déserte après une petite heure de randonnée dans la neige. Deuxième étape : explorer les environs. Nous rechaussons les raquettes pour une promenade en bord de mer, sous la neige et dans une ambiance de solitude enivrante. Troisième étape, critique : survivre à la nuit. Grand feu et nourriture de circonstance, nous sommes parés pour le froid. Un élément inattendu vient perturber nos plans : la marée, qui menacera sérieusement notre abri, avant de se retirer dans un ouf de soulagement. Et finalement, dernière étape : profiter du paysage le lendemain matin, lorsque le soleil dissipe les nuages, et voir les Andes enneigées se jeter dans les canaux de la Terre de Feu. Superbe !
Nous voilà donc en Argentine, et c'est peu dire que le choc culturel est violent, après un mois et demi sur les hauteurs andines. Stop impossible (pour de vrai cette fois), échangeurs autoroutiers, grisaille, bus hors de prix, contrôles policiers anti-drogue tous les 100 kilomètres. La Quiaca puis Jujuy sont les théâtres de nos malheurs, et nous sommes contraints de rallier Tucumán en bus, où nous espérons nous refaire un moral auprès de la famille de Delita et Rodolpho, une famille argentine qui avait accueilli Dodo et Guigui, nos amis kessiers, pendant leur stage il y a 4 ans.
Une ambiance chaleureuse, des empanadas et un méga bon plan (et malheureusement une seule journée) plus tard, nous prenons place à bord d'un train pour 1200 kilomètres jusqu'à Buenos Aires, catégorie bas de gamme à trois euros bien entendu.
Il nous reste alors quelques jours avant l'arrivée de Jean, le petit frère de François, et nous en profitons pour découvrir les joies du Couchsurfing, chez Ian et sa famille (OK Jung a carrément flashé sur la soeur), avec qui nous partagerons notamment le quart de finale de la Copa remporté par l'Argentine face à la Colombie, autour d'un verre de Fernet-Coca naturellement. LamiDamiSurfing on connait mieux mais c'est encore un plaisir de rencontrer Olivia et de squatter son bel apart. Nous réalisons aussi que tout n'est bien sûr pas à jeter dans ce pays plus riche : les cafés et les parcs sont charmants et François peut sereinement faire réparer sa dent sans risquer de finir avec une couronne en or.
En partance pour la Terre de Feu
Jean nous rejoint pour une dernière journée dans le centre autour de la Casa Rosada, puis c'est le début d'un nouveau trajet gigantesque, 3000 kilomètres jusqu'à Ushuaia. D'abord un train pour sortir de l'agglomération tentaculaire de Buenos Aires. Puis un camion, sur 1100 kilomètres après 15 heures de tentatives infructueuses. Des voitures, un autre camion, un bateau pour traverser le détroit de Magellan, encore d'autres voitures et camions. Le tout entrecoupé d'un match de foot sur un camp de travailleurs de la DDE locale, de beaucoup beaucoup de stations essence et d'une finale de Copa remportée au bout du suspense par le Chili. Après 6 jours à un rythme effréné, nous sommes arrivés au bout du monde ! Mythe!
La Bolivie, c'est finiiii ! Malgré l'hospitalité des Gardon à La Paz, il nous faut repartir. Direction les salars d'Uyuni et le Sud-Lipez.
Il est aussi temps pour nous de mettre au clair cette histoire de 'stop impossible' en Bolivie. Ça ne tiendra pas longtemps, car à peine sortis de La Paz, deux camions nous emmènent jusqu'à la fascinante ville de Oruro. 4000m d'altitude, absolument quedal aux alentours hormis des dizaines de mines de plomb, d'argent de zinc et autres minerais. L'occasion pour nous donc, après une nuit venteuse dans des dunes de sable, de plonger dans l'atmosphère dure et sombre des mineurs. Après quelques essais nous nous retrouvons tout d'un coup à 220m de profondeur à tracer les filons d'argent en compagnie des mineurs du coin, découvrant leurs conditions de travail au plus près. Fascinant !
Pause coca à 220m de profondeur
À la sortie d'Oruro, le stop et des policiers incompétents nous rendent la vie dure mais nous arriverons finalement à Uyuni grâce à ce gentil camionneur, Rigoberto, qui nous laissera même finir la nuit dans son camion. Sans transition nous embarquons dans un tour (grand luxe) pour découvrir en 4x4 les fameux salars d'Uyuni. Ces déserts de sel ne déçoivent pas mais nous sommes surtout fascinés par tous ces grands espaces que nous traversons. Déserts, volcans, lagunes, déserts, volcans, lagunes, nous tombons sous le charme du Sud-Lipez. Au milieu de ces paysages sublimes, nous passons 3 jours magnifiques et pour être honnête ça nous fait du bien de casser un peu notre rythme de loups solitaires en sympathisant avec les autres backpackeurs de la partie. En particulier Juliette et Edouard, en voyage depuis 8 mois autour du monde et avec qui nous aurons plaisir à échanger, débattre, rigoler et surtout boire des coups !
Cherchez l'astuce
Le making-of
Une équipe sympathique
Un détour par Potosi, autrefois ville la plus riche du monde, et déjà nous nous retrouvons à la frontière avec l'Argentine. Plus que 5000km jusqu'à Ushuaia !
Finie la luxure ! Après les deux semaines pépères, nous sommes de nouveau sur la route. Et pour nous rappeler comment c'est, nous rattaquons fort. Très fort. Du stop, des camions qui vont à deux à l'heure, de la nuit en parc public dans la charmante bourgade de Juliaca, une traversée de barrages de grèves, encore du stop. Nous voilà au lac Titicaca à 3800 mètres d'altitude. Même pas le temps de se rendre compte que nous sommes côté bolivien que nous fonçons droit dans le pentu sur une presqu'île pour trouver le meilleur spot pour planter la tente. L'idéal serait les eaux du lac avec fond de cordillère Royale. Nous aurons le lac pour la nuit, la cordillère après un peu de marche au matin.
L'idee n'est pas seulement de l'admirer mais d'aller la titiller de plus près. C'est donc reparti pour du stop pour la deuxième Katmandou des Andes de notre chemin : La Paz. C'est grâce à Rodrigo et Humberto que nous y arriverons, deux sympathiques Pacenos venus en repérage pour leur pèlerinage annuel. Il sera même question de mettre à profit nos talents d'ingénieur pour mesurer la hauteur des ponts sur 300km, idée finalement tombé à l'eau.
A la Paz, une fois n'est pas coutume , nous avons un plan. Francois connait le directeur de l'Institut de Recherche pour le Développement, qui l'avait aidé à trouver un stage au Cameroun. Bien qu'ils ne se soient jamais rencontré auparavant, les conversations téléphoniques et échanges de mails donnaient envie à Francois et Jacques Gardon de se rencontrer. Rajoutez à cela la gentillesse et l'hospitalité sans limite de la famille Gardon et vous comprendrez aisément comment vos 2 baroudeurs se sont retrouvés quasi une semaine à La Paz. Une ville jeune et dynamique, à l'image de son sensationnalissime téléphérique urbain. Des marchés aux puces aux étals chics en alpaga, nous trouvons notre bonheur. Mais rapidement, une seule pensée nous accapare : comment monter à 6000...
Débarrassés de la massacreuse de budget, et après deux mois de voyage intensif, nous avons envie de nous poser pour quelque temps. Pour ce faire, nous consultons les réseaux de volontariat ; en échange de quelques heures de travail par jour, nous sommes accueillis dans une famille, une ferme ou un hôtel. Les possibilités sont nombreuses, quelques critères nous permettent de faire le tri : nourriture à volonté... Euh en fait c'est le seul critère éliminatoire. Deux offres attirent notre attention : aller vendre des fruits et légumes avec une allemande prof d'espagnole en Bolivie, ou aller observer le ciel péruvien (et faire la réception) dans un hôtel de charme à 3500 mètres d'altitude. Nous optons pour l'astronomie, et nous mettons en route vers le canyon du rio Colca, puisque c'est là que nous allons faire notre première expérience de volontariat.
Paco au couvent
Après une dernière journée dans l'architecture un brin andalouse de Cusco, nous rejoignons Arequipa en stop. La première journée est un échec cuisant : 50km en 10h de tentatives, nuit sur un marché en lointaine banlieue de Cusco. Heureusement, la deuxième journée est la bonne, 10h avec la même famille jusqu'à destination, malgré les 8h de pleurs et gémissements du gamin. A Arequipa, deuxième plus grande ville du Pérou, nous nous offrons la visite culturelle du monasterio de Santa Catalina, couvent haut de gamme aux fortes influences espagnoles, ainsi que quelques piscos sour avec vue sur les sommets enneigés en soirée. Après une dernière nuit dans un parc public, nous sommes frais et dispo pour deux semaines de dur labeur repos intense.
Nous faisons la route jusqu'à l'hôtel avec Emmanuel, gérant français et pionnier du tourisme dans le Colca. A notre arrivée première bonne nouvelle, nous ne sommes pas seuls : il y a là Sara, belge à consonance aussie et kiwi, designer en Finlande avant de partir bourlinguer de volontariat en volontariat, d'expérience en expérience, depuis deux ans déjà. Il y aussi Pascale, québécoise dont le voyage avec sa mère, de la Patagonie à Cusco en 6 mois, touche bientôt à sa fin. Et quand Sara et Pascale partiront pour d'autres aventures, elles seront remplacées au pied levé par Yasmine et James, couple british, elle militante végétalienne et pro-palestinienne, lui musicien londonien.
Nous sympathiserons également avec le staff de l'hôtel, toujours partant pour moins travailler avec nous. Cette complicité fera de François le Chambellan de la fête des 15 ans de la fille de la cuisinière. Et alors qu'il s'attendait à devoir faire le clown pour une fête d'adolescent, le voilà prince charmant pour un simulacre de mariage avec discours de remerciements en espagnol et valse avec la birthday girl. Une bonne soirée à grands coups de chichas (boisson à base de céréales fermentées assez indigeste) et de cervezas, au son de cumbia surenia.
Nous ne manquerons pas non plus de profiter de toutes les activités de l'hôtel et des environs. Pour les environs, nous bénéficions de deux jours de repos pour explorer le canyon. Pour le premier, 2h de VTT et 2h de rando pour une vue imprenable sur celui-là, au pied d'une forteresse. Et pour le second, observation des majestueux condors avec deux jeunes rencontrés en route, le tout entrecoupé d'un match de foot France-Pérou, victoire sans appel des bleus malgré l'hostilité du terrain à plus de 3000m.
Tradicion Colca assez large télescope and François Rerolle's smartphone
A l'hôtel, nous sommes rapidement mis en charge de l'observatoire astronomique. Nous guidons tous les soirs, et en trois langues, les hôtes à travers les anneaux de Saturne, les cratères de la Lune ou l'amas stellaire d'Oméga du Centaure. Des images magnifiques ! D'autres missions nous incombent : abattage d'arbres, moisson d'orge à la serpe. Des taches variées agrémentées des extras proposés par l'hôtel, le jacuzzi et l'élevage de chevaux. Notre initiation à l'équitation se terminera de nuit et au galop, en revenant de bains thermaux bien arrosés, et Francois y laissera un bout de dent.
Oui, il est moins beau
Chaleur et rafraichissements
Bilan : des corps reposés, des ventres pleins, des étoiles pleins les yeux et des supers rencontres. Place à la suite !
Alors oui monsieur Nicolas Poulallion est un bâtard de première qui n'a pas voulu écrire son article sur son passage avec nous. C'est pourtant la règle : on s'occupe de toute l'organisation de votre séjour, on vous envoie du rêve mais vous, vous nous envoyez un retex. Grouze et Mathilde ont très bien montré l'exemple (cf).
NicoP aime les volcans nicaraguayens
Mais vous comprenez monsieur Nicolas Poulallion n'a pas le temps : depuis qu'il nous a lâchés, il vit dans un monde de luxe où il a internet mais juste pour téléphoner à sa didou chérie (que nous embrassons et remercions d'ailleurs de nous l'avoir prêté un long mois) et préparer ses prochaines plongées...
Chouette, encore un trajet en camion
Ceci dit, si nous prenons la plume à sa place ici c'est pour remercier ce cher NicoP. C'est tout simplement un amour et un compagnon de voyage adorable : toujours enthousiaste, marrant et se laissant marcher sur les pieds juste ce qu'il faut pour faire ce qu'A&F veulent (cf Nica avec Nico).
NicoP est un bon ami
Du coup, même si ça nous ferait très plaisir qu'il nous envoie son retex asap, on lui pardonne et on est surtout bien content que comme nous il profite de son voyage à fond!! Régale toi l'ami, à très bientôt!
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La chica, ayant atterri D'orly, Se trouva fort dépourvue Quand la lluvia fut venue. Pas une seule petite parka North Face ou bien même Quechua. Elle alla crier au froid Chez 2 routards sans effroi, Les priant de lui prêter Quelques pulls pour subsister Jusqu'au bivouac prochain. Pour avoir chaud, lui dirent-ils, Randonnées, somptueux festins, Feu de bois seront bien utiles. Les Baroudeurs sont débrouillards ; Là n'est pas une d'leurs tares. <<Que faisais-tu avant-hier ? Dirent-ils à cette vacancière, Nuit et jour à tout venant >Je gymnais*, ne vous déplaise. Vous Gymniez ? Nous en sommes fort aise : Et bien ! Grimpez maintenant.>>
La morale de cette fable c'est que rien ne sert de fanfaronner qu'on vient en "mode rando", si on n'a pas prévu de tenues pour toutes les conditions météorologiques.
Trêve de fable, que vous-dire de plus sur mon séjour avec nos 2 baroudeurs préférés ?
Après tout, ils vous ont déjà parlé des « superbes pics enneigés », des 4 jours de pluies, des nuits en bus, du camping urbain, de la promenade le long des rails, du Machu Picchu, des piscos sours…
Welcome à 4750m ! Il fait beau au Pérou.
Tchou tchou le petit train !
Coucou le camping urbain
Je pourrais commencer par rassurer les personnes souhaitant aller au Pérou et visiter le superbe site qu'est le Micchu Pacchu : Les ruines incas ont bien assez de majesté pour tout un chacun qui ne viendrait pas directement du Guatemala (C’est qu’ils en deviendraient presque difficiles nos 2 baroudeurs ;-) ). Il est assez incroyable de se dire que la cité, perchée à plus de 2 000 mètres d'altitude, a été construite au XVe siècle !
Mais, je peux vous l'avouer maintenant. OUI j'ai eu quelques moments de doutes : Allait-on réussir à arriver au Machu Picchu ?
Déjà, parce que le stop de notre premier jour de voyage a été moins efficace que prévu.
En même temps vous imaginez bien qu'il n'y a pas foule qui passe sur cette route de terre
On comptait avoir commencé la randonnée et finalement on a peiné à ne serait-ce qu’arriver dans le parc. 1 jour de voyage, 1 jour de retard. Je me voyais déjà finir la rando juste à temps pour sauter dans mon avion de retour.
Et puis, je me suis rappelée avec QUI je voyageais alors je me suis dit « CARPE DIEM, fais leur confiance et tu verras bien où cela vous mènera ». L’avenir confirma que j’ai eu tort de douter et raison de leur faire confiance.
Les clichés du Machu Picchu ayant déjà été publiés, je vous propose un des paysages que nous avons pu contempler en attendant qu'une voiture/un camion/une âme passe... Pas déplaisant, n'est-ce pas ?
Ce fut une vraie bouffée d'oxygène (dans tous les sens du terme). Vous avez géré les fougères et je suis ravie d'avoir pu partager un bout de votre aventure ! Merci pour ce voyage un peu sportif, dépaysant et surtout très réussi !
Bon vent pour la suite ! Je ne suivrai pas-du-tout vos péripéties avec envie et jalousie.
Mathilde
* du verbe gymner : faire de la gymnastique aux agrès, licence artistique pour respecter la métrique