Fini l'Amérique, place au Pacifique. Première étape de notre tournée, la mystérieuse et mythique île de Pâques (Rapa Nui en VO). L'île de Pâques, c'est un caillou de 50 km de circonférence entouré par l'océan, aucune âme qui vive à plus de 2000 km à la ronde !
Après une sieste inaugurale pour nous remettre de l'agitation de Santiago, nous nous demandons comment nous allons nous débrouiller pour profiter de l'île, sans mettre notre budget en péril. Les 7000 habitants vivent quasiment tous du tourisme, le camping sauvage est interdit, et nous n'avons pas de bouteille de gaz. Nico, passé quelques mois avant nous, a bien un vague contact, mais cela semble mince. En déambulant, nous tombons sur Tiare, à qui nous exposons la situation, et qui nous invite à boire le café. Nous pensons que nous allons y discuter d'un arrangement. En fait, pour elle, l'arrangement est tout trouvé, nous pouvons planter notre tente (puis bénéficier d'un lit pour le reste de la semaine dès le lendemain après une grosse averse) et partager le repas familial. En échange, nous nous efforcerons de lui venir en aide dès que possible, notamment à la confection de collier en coquillages, mais rien en comparaison de l'hospitalité qui nous est offerte !
Enfilage de perle en bonne et due forme
C'est donc parti pour une semaine au cœur d'une famille Rapa Nui ! Le premier soir nous met cependant mal à l'aise. Personne ne parle, nous nous demandons si c'est notre présence qui irrite. Une des filles de Tiare nous explique le lendemain que c'est ainsi, le Rapa Nui est taiseux, s'il mange avec vous, c'est que vous faîtes partie de la famille. Ce trait culturel rendra néanmoins les échanges difficiles.
Au-delà de ses habitants et de sa culture, l'île de Pâques est un mythe, celui de ses statues géantes : les moai. Et nous nous passionnons littéralement pour leur histoire, écumant les bibliothèques pour trouver les réponses aux nombreux mystères : que représentent ces statues ? Pourquoi ont-elles toutes été renversées, alors que certaines étaient encore debout lors du premier contact avec les européens ? Pourquoi y a-t-il autant de statues encore dans la carrière, certaines complètement terminées ? Pourquoi la population a-t-elle changé de culte, abandonnant les moai au profit de l'homme-oiseau ? Beaucoup d'hypothèses, peu de certitudes. Mais une ambiance indescriptible dans un cadre magnifique de falaises et de volcans.
Nous n'avons pas trouvé la réponse aux énigmes de Rapa Nui, mais quittons l'île sans regrets, car à Tahiti, Caro attend son homme, tandis qu'Alexandre retrouve sa sœur et sa maman !
En passant d'une Amérique centrale coincée entre deux océans à une Amérique du Sud où les grands espaces n'en finissent plus, nous nous attendions à du changement. Du changement de paysages, de cultures, d'activités, de méteo,... Un changement qui survint et auquel nous ne nous attendions pas fut notre contact avec les gens.
En Amérique centrale, on ne compte plus les gens qui nous ont aidés et identifions facilement ceux qui se sont démarqués (cf article "Les gens"). En Amérique du Sud, beaucoup de gens nous ont aidé ne serait-ce qu'à travers le stop mais peu de locaux se sont illustrés à la hauteur d'une Nella (Costa Rica) et nous avons eu beaucoup moins de contacts privilégiés. Peut être sommes nous devenus plus exigeants en nous habituant à l'hospitalité ? C'est plus que possible.
En fait ce changement s'est surtout traduit par le profil de ceux qui nous ont marqués. Ce ne sont pas des Péruviens ni des boliviens ou gauchos patagoniens. Ils font moins 'locaux'. Ils sont occidentaux, chiliens ou argentins dont la culture est beaucoup plus proche de la notre et donc moins dépaysante qu'au Guatemala ou au Nicaragua. À quelques exceptions près, notables, évidemment.
Sonia et Marcello nous ont tirés d'une affaire bien mal engagée
Nelson, chasseur de pumas
Ne nous attardons pas trop sur une pseudo analyse car au final l'hospitalité reste de l'hospitalité et bénéficier de cette aide, de cette générosité, de ces services désintéressés, par pure bonté est ce qui fait la richesse de ce voyage. Exotiques ou familiers, ces rencontres nous auront marqués.
Que ce soit les Gardon à La Paz, les Teran Tucuman ou Sonia et Marcello à Rio Grande, ces gens nous ont mis à l'aise et ont partagé leur vie, leur famille, leur repas. Jacques Gardon que François connaissait seulement par échange de mails s'est transformé en bien plus qu'un pied à terre. Il nous fera découvrir l'univers de sa famille et la vision de la Bolivie qu'ils ont développée à travers 2 longs séjours. Ils nous feront apprécier La Paz et ses alentours et nous descendrons nombre de bouteilles de vins avec eux.
Olivia, amie d'amie de Buenos qui nous prêtera son superbe appart
Delita et Rodrigo de Tucumán nous initierons aux empanadas argentines et se démènerons pour recharger nos batteries et nous aider à poursuivre notre route. À Rio Grande, Sonia nous prend en stop sur 15km jusqu'à son entreprise au milieu de nulle part. 9h plus tard, il est minuit, il fait -10°C depuis longtemps et l'imbécile de gardien ne s'est décidé à nous laisser à entrer à l'intérieur que très tard. Heureusement Sonia termine son shift et nous ramène à Rio grande dormir chez elle. Le lendemain Marcello commence sa journée par un détour de 3h pour nous faire dépasser le pire endroit où nous ayons eu à faire du stop.
Plus furtivement mais plus folklorique, nous n'oublierons pas Christian et Sergio, camionneurs de la pampa argentine, gauchos modernes avec qui nous parcourons plus de 1000km chacun et dormirons dans leur camion. Juan, travailleur de la DDE dont le frère cuisine pour le camp, nous emmènera sur des centaines de kilomètres s'assurant qu'on ait de quoi s'empiffrer en arrivant ! Enfin Nelson, ranger du parc de Torres del Paine nous permettra de passer la tempête de neige au chaud et au sec.
Pour finir cette épopée américaine, nous voilà pour une semaine dans une véritable famille Rapa Nui sur l'île de Pâques. Première personne rencontrée sur l'île, Tiare nous a adoptés sans prévenir et nous passons nos journées à aider la famille, à nous remplir la panse et à visiter l'île. On se plaint pas !
La fin de notre épopée américaine sonne le glas du mode de transport choisi jusqu'à présent : le stop.
Vous vous souvenez ?
Il n'y a pourtant pas grand chose à lui reprocher. Dans tous les pays, des gens se sont arrêtés, ouvrant les portes de leurs voitures et de leurs coeurs (tu la sens l'émotion poétique là ?). Hormis au nord de l'argentine, proche de la frontière bolivienne, touché par le narcotrafic, le stop a toujours marché ! Un maximum de 15h d'attente, un minimum de "à peine le temps de lever le pouce" pour une moyenne de 45 minutes environ, le stop est efficace. Grâce à lui nous avons économisé environ 1000 euros en 4 mois et n'avons jamais dû renoncer à une étape ou un point de vue.
D'un point de vue moins logistique, le stop fut aussi une incroyable occasion de pratiquer notre espagnol bégayant et de discuter avec une multitude de personnes diverses. Rien de tel pour savoir ce qui se passe dans le coin, vivre une expérience culturelle et s'enrichir humainement. Quand le contact passe bien et que les circonstances le permettent faire du dedo nous permet même de dormir chez l'habitant avec son lot de confort (douche!!!) et d'expériences de vie.
Jusque là tout va bien
Avec le maté qui va bien
Ceci dit, faire du stop exige de la patience et des qualités sociales exigeantes et fatigantes à la longue. Bien des conversations se ressemblent, bien des fois nous en avons marre de discuter et "rencontrer" encore une nouvelle personne nous fatigue...
Le plus dur selon nous c'est l'ascenseur émotionnel. Tu places espoir en chaque voiture qui s'approche. Tu adules ceux qui s'arrêtent.
Tu souris à ceux qui ne s'arrêtent pas. Mais tu finis par détester, mépriser et injurier ceux qui passent à toutes balles devant toi alors que tu attends depuis 2h sur cette f***ing route. A cause/grâce à cet ascenseur, les premiers mois se sont accompagnés d'un sentiment de reconnaissance et gratitude envers l'humanité qui s'est teinté sur la fin d'amertume et de déception.
Il nous faut reconnaitre cependant que le négatif vient en grande partie de notre rythme soutenu, des distances ambitieuses parcourues et de la fatigue accumulée sur 4 mois. Rajoutez à cela le -5°C de la Patagonie et vous comprendrez pourquoi nous craquons la dernière semaine et rejoignons Santiago de Chile en bus.
Nous saurons garder tout le positif de ces mois de stop à travers l'Amérique centrale et du sud mais sommes content de faire une pause dans les îles du Pacifique sans plus arpenter les routes.
Le stop c'est comme ça !
Prenez les autostoppeurs. From paradise with love,
De la frontière chilienne, il nous reste encore une bonne trotte jusqu'à Santiago. Un bateau doit nous permettre d'en effectuer une bonne partie, nous laissant deux jours pour flâner un peu sur la Carretera Austral, la route parcourant la Patagonie chilienne du nord au sud. Nous vivons là nos derniers moments de stop entre lacs, montagnes et forêts, malgré une couverture nuageuse quasi permanente qui ne nous permet pas toujours d'apprécier les paysages à leur juste valeur.
Nous arrivons avec deux heures d'avance sur l'horaire de départ du bateau, le port est désespérément vide, c'est louche. Les horaires du bateau sont en fait purement indicatifs, celui ci ne partira que le lendemain à 10h. Nous attendons. S'ensuivent 34 heures de navigation. Le plafond de nuage est constant, les jeux de cartes et les films de la chaîne de télé TNT se répètent, nous ne sommes pas mécontents d'arriver à Quellon.
Eglise de Castro
Puerto Chacabuco par beau temps
Nous voici donc sur l'île de Chiloé, avec deux jours devant nous pour l'explorer avant un long bus directement pour Santiago. Encore de la pluie, mais une terre pleine de charme et au patrimoine très riche. Nous visitons une des églises en bois peint classées au patrimoine mondial, passons le long des palafitos, des maisons sur pilotis colorées et dégustons le saumon local au marché aux poissons. Cette escale terroir achevée, nous reprenons notre rythme de transport, de nouvelles peliculas (films assez mauvais en version espagnole) à la clé.
Une arrivée à Santiago bien arrosée
A Santiago, nous abandonnons nos habits d'homme des cavernes patagonien pour enfiler celui du citadin cultivé et fêtard. Cultivé d'abord, avec la visite du musée des Droits de l'homme, qui retrace la période de la dictature chilienne, de 1973 à 1990. Fêtard ensuite, car après ce mois de solitude dans les grands espaces, nous avons soif... de nouvelles rencontres. Jean paie sa tournée pour son dernier soir, quartier Bellavista, cœur de la vie nocturne de Santiago. Nous reviendrons sur les lieux dès le lendemain pour la bière d'après match, un basket avec l'équipe d'une boîte de conseil. Cette soirée se poursuit chez des amis de Louis-Antoine, un cousin de François retrouvé à l'aéroport, producteur de vin, qui nous fera bien sûr goûter le fruit de son travail. Jamais deux sans trois, retour à Bellavista le troisième soir pour une soirée clubbing, avec l'équipe de consultant en basket rencontrée la veille. Enfin, alors que les corps sont épuisés et imbibés, soirée de départ du capitaine de l'équipe de rugby de François à l'X, qui rentre en France après un an et demi à l'Université de Santiago. Autour d'une spécialité chilote, le curanto, c'est un vrai plaisir de le retrouver, ainsi qu'Ignacio, un polytechnicien chilien installé dans une cabane du sud pour sa thèse.
Bouffe Chilote a Santiago en bonne compagnie
Comme vous pouvez le voir, la sécheresse qui touchait Santiago ne nous a pas atteints, et l'animal social qui sommeillait en nous n'est pas mort !